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Enfants placés, adultes oubliés : l’histoire d’Ervé, brisé par l’aide à l’enfance

paulinecharmeux01
14 nov. 2025
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 27 mars


Je voudrais vous raconter l’histoire d’Ervé.


Ervé a 53 ans. Il est écrivain et sans-abri. Son visage porte les traces de l’errance, mais aussi d’une force intérieure que lui seul peut comprendre. Son histoire commence bien avant sa mémoire consciente, à six mois, lorsqu’il est retiré à sa mère, qui vivait dans la rue et fréquentait les bars. Son père, lui, était absent dès sa naissance.


À 18 mois, il est confié à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE, anciennement DDASS), une structure censée le protéger mais qui s’est révélée profondément défaillante. L’ASE, qui l’a accompagné toute son enfance, a été à la fois son refuge et la source de ses premiers traumatismes ; Et c’est très certainement dû à ce système défaillant qu’Ervé est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Dans ces foyers et dortoirs collectifs, la violence, la négligence et le manque d’attention ont marqué son enfance de cicatrices durables. Pas d’affection, pas de repère, pas de voix douce pour apaiser ses peurs. L’ASE lui a offert un toit, oui, mais jamais un foyer.


Derrière les murs de ces institutions censées le protéger, Ervé a vécu l’inacceptable. Enfant, il a été victime de violences physiques, psychologiques et sexuelles qui ont profondément marqué son corps et son esprit. « J’ai subi atteinte à mon intégrité physique par une éducatrice, j’avais 9 ans. Tentative de viol par un éducateur, j’avais 10 ans et viol tout court par une éducatrice, j’avais 13 ans. »


Ces violences, longtemps enfouies, ont laissé des cicatrices impossibles à effacer. Et les coups portés au corps n’étaient qu’une partie du mal : les sévices psychologiques étaient constants. « Comme si on est là, c’est de notre faute. Que si les parents ne veulent plus de nous… » Dans les foyers, tout semblait inversé : les enfants, malmenés par la vie, étaient traités comme des coupables, tandis que les adultes, censés les accompagner, se déchargeaient de toute responsabilité.


À cela s’ajoutait la présence quotidienne de l’alcool et de la drogue, dès son plus jeune âge. Loin d’être un lieu de protection, l’ASE fut pour Ervé un environnement toxique où l’enfance s’effaçait sous le poids du silence et de la honte.

À 18 ans, la majorité arrive comme un saut dans le vide. Sans ressources, sans repères, il se retrouve dans la rue, avec pour seule arme sa résilience. Il enchaîne petits boulots, contrats précaires et missions pour tenter de se reconstruire.


Pourtant, au milieu du chaos, Ervé trouve un moyen de respirer : l’écriture. Ses carnets deviennent le miroir de ses colères, de ses peines, de ses espoirs et de ses rêves. À travers un style qu’il qualifie lui-même de « poésie brute et douce », il raconte sa vie, les blessures de l’enfance, la violence des foyers, mais aussi les instants de liberté et de création. Ses livres Écritures carnassières et Morsures de nuit sont les témoignages d’une vie brisés, mais aussi d’une lutte inlassable pour ne pas disparaître.


Les enfants de la nation étaient censés être les petits protégés de Marianne. Pourtant, l’Aide Sociale à l’Enfance souffre d’un manque de moyens et d’un sous-effectif criant. Dans un reportage de Radio France, des éducatrices alertent : « le manque de bras, le manque de temps mettent les enfants en danger ». Entre 1996 et 2022, le nombre d’enfants pris en charge a augmenté de 45 %, sans que les budgets suivent. Résultat : des jeunes ballottés de foyer en foyer, sans repères ni suivi psychologique. L’ASE, censée protéger, est aujourd’hui le miroir d’un échec collectif.


Aujourd’hui, Ervé vit toujours dans la précarité, mais son art lui donne une voix, une présence, et une dignité. Il est la preuve vivante que même dans l’abandon, l’être humain peut trouver la force de raconter, de partager, et de survivre.

Et dans chaque page qu’il écrit, c’est un peu de son courage et de sa rage de vivre qu’il offre au monde.


 
 
 

1 commentaire


valerie.brun
15 déc. 2025

Malheureusement, tellement d'enfants ont vécu, et vivent tous ces traumatismes...Pourquoi tant de souffrances ? La bienveillance et l'amour devraient gagner la bataille de la vie...et chaque être humain devrait avoir la chance de vivre heureux et libre...

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