Le plus vieux dirigeant du monde : Paul Biya, 43 ans à museler la démocratie
Dernière mise à jour : 27 mars

Depuis plus de quatre décennies de règne, Paul Biya confirme sa détermination à rester au pouvoir coûte que coûte, défiant les appels à la rénovation politique.
Son annonce officielle d’un huitième septennat relance le débat sur la légitimité de son régime et sur la place réelle de la démocratie au Cameroun, alors que le pays fait face à des divisions croissantes et une opposition muselée.
Au pouvoir depuis 1982, 92 ans, 43e année au gouvernement à son actif. À la tête de son parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, pas question de laisser son siège tout de suite.
Dernière preuve en date : il a annoncé sur X qu’il briguerait un huitième mandat lors de la présidentielle fixée au 12 octobre prochain, affirmant une fois de plus son intention de s’accrocher au pouvoir coûte que coûte.
Quarante-trois ans de pouvoir sous tension : autoritarisme, fraudes et scandales
Détenteur d’un pouvoir ininterrompu, il a succédé à la démission d’Ahmadou Ahidjo, À l’époque, il est perçu comme un technocrate discret, une figure de transition. Quatre décennies plus tard, il est toujours là.
En 1984 il déjoue une tentative de coup d’État menée par la garde présidentielle, le conduisant à concentrer le pouvoir.
En 1990, face aux pressions internes et internationales (dont la France), Paul Biya a autorisé le multipartisme, marquant une ouverture politique après des années de parti unique. Mais dès la première élection pluraliste en 1992, des accusations de fraudes et d’irrégularités ont émergé, et ce schéma s’est répété à chaque scrutin, mettant en doute la sincérité de cette transition démocratique.
En 1996, instaure le septennat ; en 2008, il fait supprimer la limitation des mandats, assurant ainsi sa prolongation indéfinie au pouvoir. Depuis, il est régulièrement réélu, souvent avec des majorités écrasantes, dans des élections jugées éloignées des standards démocratiques.
Entre 2020 et 2023, Le gouvernement de Paul Biya est souvent soulevé pour des questions de corruption. Plusieurs membres de son clan sont accusés d’avoir détourné de l’argent public pour s’acheter des biens de luxe, notamment en France.
La gestion des fonds destinés à la lutte contre le Covid-19 a aussi révélé des malversations, notamment surfacturations et détournements ont été dénoncés.
Concentration du pouvoir : président ou autocrate ?
Stratégique, Paul Biya, s’est entourés de ses fidèles du RDPC ou près de 80 % des postes stratégiques dans l’administration, l’armée et la justice leur ont été distribués.
En limitant les pouvoirs des institutions comme le Parlement, qui ne joue souvent qu’un rôle consultatif, il a freiné l’indépendance de la Cour constitutionnelle, qui valide systématiquement ses réélections.
Pour diviser les régions et affaiblir les mouvements d’opposition locaux, il a utilisé le découpage administratif, notamment dans les zones anglophones. Cette tactique a permis de fragmenter les résistances et de renforcer le contrôle central.
La démocratie est donc une illusion au Cameroun ? Associée à une répression systématique de toute opposition, le Cameroun est devenu un État verrouillé, où toute contestation politique est étouffée et où le pouvoir Biya reste incontesté, au mépris des principes démocratiques actuels.
Paul Biya fonctionne davantage comme une autocratie que comme une démocratie, où le maintien au pouvoir prime sur les valeurs de liberté, d’égalité et de justice.
La démocratie sacrifiée : Quand les présidents pensent être au-dessus des règles
Parce que une fois le pouvoir une fois acquis, ils font tout pour le conserver, quitte à contourner toutes les règles.
En Russie, Vladimir Poutine a modifié la Constitution en 2020 pour pouvoir rester au pouvoir jusqu’en 2036. Aux États-Unis, Donald Trump a poussé les institutions à leur limite, contestant les résultats électoraux de 2020 et sapant la confiance dans le système démocratique, illustrant une « présidence impériale » où le pouvoir s’agrandit au détriment des contre-pouvoirs.
En France, Emmanuel Macron évoque déjà un possible troisième mandat, une rupture avec la tradition républicaine qui pose question sur la pérennité des principes démocratiques.
Qu’il s’agisse de régimes autoritaires ou de démocraties, mettre à mal la démocratie est toujours de bon augure pour garder le trône impérial et sacré. Cette quête de pouvoir absolu réduit le rôle du peuple à une simple formalité, privant les citoyens de la possibilité d’un vrai choix politique.



Commentaires