Réforme électorale explosive : la Nouvelle-Calédonie plongée dans le chaos
Dernière mise à jour : 27 mars

Indépendantiste posant devant une voiture brulée, Nouméa, Nouvelle-Calédonie, 15 Mai 2024, Nicolas Job/AP Mai 2024
Nouméa, 17 mai 2024
Depuis lundi, la Nouvelle-Calédonie est secouée par des émeutes d'une violence inouïe, provoquées par l'adoption d'une réforme électorale controversée. En deux nuits, les affrontements ont fait cinq morts, dont deux gendarmes, et des centaines de blessés.
Réforme Électorale et Régime Dérogatoire
Les élections provinciales néo-calédoniennes se déroulent dans le cadre d'un gel du corps électoral, autorisant seulement certains résidents à voter. Ce gel, inscrit dans la Constitution en 2007, a été critiqué pour exclure une partie croissante de la population du processus électoral. En 2023, environ 19 % des personnes en âge de voter étaient exclues, provoquant un mécontentement grandissant.
Les émeutes ont débuté suite à l'annonce de la réforme électorale, considérée comme injuste par les indépendantistes. Des manifestations pacifiques se sont rapidement transformées en violences urbaines, avec des incendies, des pillages et des affrontements armés entre émeutiers, civils et forces de l'ordre.
Réponse de l'État
Face à l'ampleur des émeutes, le président Emmanuel Macron a décrété l'état d'urgence le 16 mai. Des unités militaires ont été déployées pour sécuriser les ports et les aéroports, et des mesures dérogatoires ont été mises en place, telles que l'interdiction de manifester et des perquisitions administratives. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé l'assignation à résidence de cinq indépendantistes radicaux et l'arrestation de 206 personnes.

Le Premier ministre Gabriel Attal a annoncé le déploiement de l'armée pour sécuriser les ports et l'aéroport. D'importants effectifs de policiers et de gendarmes, dont des éléments du GIGN et du RAID, sont déjà mobilisés. Des renforts supplémentaires sont en cours d'acheminement dans l'archipel.
Un couvre-feu a été instauré mardi dans l’agglomération de Nouméa. Gabriel Attal a également annoncé l'interdiction du réseau social TikTok en Nouvelle-Calédonie, accusé d'être un vecteur de communication pour les groupes violents. TikTok a protesté contre cette décision,
assurant surveiller la situation de près et se disant prêt à collaborer avec les autorités.
Bilan Humain
Le bilan fait état de cinq morts, dont deux gendarmes et trois Kanaks. Jeudi matin, un gendarme a été tué des suites d'un "tir accidentel". Les violences ont également fait environ 300 blessés, dont 64 policiers et gendarmes. En réponse, dix leaders mafieux du CCAT, une frange radicale du Front de libération Kanak socialiste (FLNKS), ont été assignés à résidence, et une vingtaine d'autres assignations sont prévues.

Le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin a annoncé que : "Plus d'une vingtaine d'assignations supplémentaires» seraient prononcées jeudi à l'encontre de membres de la CCAT."
Bilan Économique
Selon un premier bilan, 150 entreprises ont été attaquées lors des émeutes, représentant environ 200 millions d’euros de dégâts selon la chambre de commerce. Ces violences menacent 2 000 emplois et aggravent une crise économique déjà sévère, la Nouvelle-Calédonie dépendant principalement de l'industrie du nickel.
Les manifestations, déclenchées par une réforme électorale controversée, ont dégénéré en affrontements armés, incendies et pillages, mettant en péril les approvisionnements en nourriture sur l'archipel. Les routes bloquées et les barrages érigés par les habitants pour se protéger ont également entravé les livraisons de denrées alimentaires. De plus, la fermeture des ports et aéroports, sécurisés par les unités militaires déployées, a aggravé la situation en interrompant les importations vitales.

Bastien Vandendyck, spécialiste du Pacifique :"Des dizaines et des dizaines de magasins brûlés, des centaines, voire des milliers de personnes qui vont se retrouver au chômage demain, problème d’approvisionnement de nourriture, des gens à 100 mètres de différence se tirent dessus à l'arme de chasse."
Coordination et appels au calme
Emmanuel Macron a appelé au calme et proposé un échange par visioconférence avec les élus calédoniens après une réunion de crise. Un conseil de défense et de sécurité nationale a été convoqué pour aborder la situation. Le Premier ministre Gabriel Attal a également annoncé qu'il proposerait une date pour recevoir les représentants indépendantistes et non indépendantistes à Matignon.
La situation en Nouvelle-Calédonie reste extrêmement tendue, avec des appels à la paix et des efforts de médiation en cours pour éviter une escalade vers une guerre civile complète. Les habitants montrent des drapeaux blancs à leurs fenêtres en signe de paix, espérant un retour au calme et une solution politique à la crise. Nous vous tiendrons au courant des dernières informations, en temps voulu.

Sur place, nous retrouvons Les Expats un couple francophone créateur de contenus spécialisé en voyage.
"Nous sommes bloqués dans notre auberge de jeunesse, des véhicules blindés de gendarmerie circulent sous notre balcon, nous sillonnons les alentours pour trouver une épicerie ouverte.
Malgré tout ça, l’entraide est omniprésente partout. Nous espérons de tout cœur que les choses vont se calmer, notamment pour tous les locaux, qui voient leur pays partir en fumée."



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